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Prénom Sabine
Age 34
But du voyage Tourisme
Date de départ 28/01/2008
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Durée du séjour 3 semaines
Nationalité France
Description
Un voyage qui sera forcément trop court, qui en appelle d'autres...
Des rêves qui se réalisent, la vie quoi...
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Localisation : Islande
Date du message : 04/02/2016
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 Le Nord, d Ouest en Est, dans la tempête

Après le magnifique filet de saumon au diner dans le restaurant tout nouveau sur le port et une bonne nuit réparatrice, nous reprenons la voiture pour l’étape du jour de Hvammstangi à Akureyri (la capitale du nord). En nous donnant les clés, la gérante de la chambre d’hôtes nous a prévenus qu’une tempête était prévue  pour les prochains jours avec son maximum ce jeudi. Nous avons regardé le site islandais de la météo et effectivement le temps se dégrade avec vent et neige après 18h. C’est ce que nous avons déjà connu la veille. Je me fais plus de souci pour la longue étape de Akureyri à Egilsstadir, 48h plus tard.

La gentille Margaret ayant ajouté placidement que la vie ne s’arrête pas en cas de tempête, qu’il faut juste ralentir et être très prudent, nous décidons de partir plus tôt et nous réussissons à sortir de la maison à 9h30, alors que le jour est à peine levé. Il faut aussi dégivrer la voiture et refaire le plein, avant de réellement quitter Hvammstangi.

La journée s’annonce riche en découvertes tout au long du parcours. La route 711 (petit détour de 30 km) que nous empruntons le long du fjord  Hunafjördur est très enneigée, mais on y roule plutôt bien et le temps est beau. Nous longeons la rive orientale du fjord presque jusqu’au bout sans trouver le troll pétrifié sur l’eau qui était notre premier but de visite de la journée. Demi-tour en essayant de trouver de nouveaux repères, les fermes, les formes de la côte. Nous repassons plusieurs fois au bon endroit sans le savoir, car le fameux troll est invisible depuis la route. La pancarte qui signale le point d’intérêt nommé Hvitserkur indique un champ de neige immaculé et là, nous comprenons, que l’été, il y a une route, sous la neige, qui descend vers la rive. Vu la pente, inutile d’y aller en voiture, on ne remonterait pas. Nous allons donc y aller à pied, en essayant de suivre la trace de la route, qui serpente jusqu’à un parking tout aussi enneigé et d’où part un sentier pratiquement invisible aussi. Mais la surprise est au bout du sentier, un  promontoire heureusement entouré d’une barrière de bois, donne une vue directe et fantastique sur le troll.

Le froid étant intense, il est difficile de rester très longtemps et de deviser accoudé à la rambarde en admirant le point de vue. Nous remontons donc, cherchons vainement un endroit pour descendre sur la plage voir le troll d’en bas. Il y a bien un passage, mais totalement impraticable l’hiver. Il faudrait des crampons pour descendre la pente glacée et accessoirement la remonter. Nous devons renoncer. Et nous reprenons notre route 1, en décidant de ne faire qu’un seul autre arrêt sur ce premier tiers de parcours, tandis que le temps passe et que la météo de dégrade déjà, mais seulement à certains endroits, comme si on passait par des couloirs de neige et de vent subitement et qu’au virage d’après, il faisait beau. Phénomène surprenant.

Détour rapide de 6 km sur la route 721 pour voir l’église de Thingeyrar, une belle église de pierre noire assez austère, dont le bâtiment actuel date de 1869, mais qui existe depuis l’an 1000, accueillant l’assemblée (thing) du district et un monastère bénédictin. Le fameux troll, cité précédemment, a d’ailleurs été pétrifié par le lever du soleil alors qu’il voulait détruire l’abbaye. Apparemment, l’endroit, qui est décrit comme paisible dans le guide, est tout à fait hostile aujourd’hui, avec un vent rugissant et des tourbillons de neige mouillée.

Nous repartons sur notre route 1 et avançons d’un coup du 2e tiers du parcours sans nous arrêter pour jouer la prudence, et le temps se calme, étonnamment, le ciel se dégage et redevient bleu à Varmahlio. Cela nous décide à faire le tout petit détour de 8 km jusqu’à Glumbaer, où se trouve des maisons traditionnelles en tourbe, et un musée de petits objets et ustensiles anciens à l’intérieur, mais le musée est fermé l’hiver. Nous voulions peut-être nous arrêter dans un salon de thé situé à proximité dans une maison du 19e siècle, mais que nous ne parvenons pas  à trouver. Nous repartons vers Akureyri.

Environ 30 km après Varmahlio, le temps se gâte franchement et la nuit tombe brusquement. Il est seulement 17h. Impossible de savoir exactement combien il reste de kilomètres jusqu’à Akureyri, car les seules pancartes que nous croisons sont celles qui indiquent les lieux dits, les fermes de part et d’autre de la route, qui ne sont pratiquement pas indiquées sur la carte. Il faudrait un carrefour de routes pour avoir une indication de kilomètres, mais là nous voyons sur la carte qu’il n’y en aura aucun, puisque nous roulons entre 2 montagnes et une rivière à notre droite, ce qui explique probablement la dégradation du temps. La vision devient de plus en plus limitée et le paysage opaque. Nous devons nous concentrer pour rester sur la route matérialisée par des poteaux jaunes réfléchissant un losange blanc, dépassant des bas-côtés parfois de pas beaucoup.

Nos deux craintes majeures sont, un, sortir de la route, deux, ne plus pouvoir avancer si la neige continue à tomber. La 3e crainte serait de rentrer dans une voiture arrêtée devant nous et que nous ne verrions qu’à la dernière seconde. Les autres craintes, il faut absolument les refouler, ne pas laisser l’esprit vagabonder, se concentrer sur la route, se dire que chaque poteau dépassé nous rapproche d’Akureyri. De temps en temps, nous croisons une voiture dans l’autre sens, ce qui est rassurant,  car cela veut dire que nous ne sommes pas les seuls à rouler, même si nous sommes surpris de voir ces gens sur cette route par ce temps. Ce sont sûrement des Islandais qui en ont vu bien d’autres. Nous nous rappelons des paroles de Margaret, ok la vie ne s’arrête pas, mais là on est vraiment au ralenti, parfois 20 km/h quand nous ne voyons plus les prochains poteaux, et le soulagement est intense, dès que nous apercevons le poteau de gauche et celui de droite et surtout que nous passons entre les 2. Nous croisons aussi plusieurs chasse-neige toujours dans l’autre sens avec des roues de tracteurs hautes comme notre voiture et des phares projecteurs. Nous voyons aussi un policier ressemblant à un ranger et qui est arrêté également de l’autre côté sur un petit dégagement de la route. Cela nous rassure un peu, mais il ne reste pas moins qu’il nous faut parcourir tout seuls le reste du chemin.

Un peu plus loin, nous croisons une jolie voiture rouge avec ses feux de détresse qui est sortie légèrement de la route, et qui apparemment ne peut pas y retourner. Elle nous fait des appels de phare pour qu’on s’arrête, Nous le faisons, mais avec le stress de ne pas pouvoir repartir ou de nous faire rentrer dedans par quelqu’un qui arriverait derrière nous. Les 2 conducteurs s’extraient péniblement de la voiture pour échanger quelques mots en criant pour pouvoir s’entendre dans le blizzard. Il s’avère que ce sont des asiatiques, qu’ils viennent d’Akureyri, à environ 30 km. Ils attendent les secours qu’ils ont appelés. Ils veulent juste savoir si nous avons un filin pour les remettre sur la route. Non seulement, nous n’avons évidemment pas de filin, mais en plus, nous ne pouvons absolument pas faire demi-tour et notre voiture n’est pas assez puissante pour tracter la leur. Nous les quittons sans pouvoir en faire plus, en espérant qu’ils ne passeront pas la nuit dans leur voiture. Nous redoutons qu’il nous arrive la même chose. Gros stress, il ne faut pas y penser, et se reconcentrer sur les poteaux jaunes et leur petite lumière blanche réfléchie par nos phares.

Je me dis, mais je n’en suis pas sûre, que les poteaux sont disposés tous les 100 m et que tous les 10 poteaux, nous avons fait un kilomètre. Et depuis que nous avons quitté les asiatiques, nous comptons les kilomètres au compteur. Le temps parait interminable, il est 18h30, déjà 1h30 que nous sommes dedans, nous serions largement arrivés à 18h sans la tempête. Le paysage est quasi immuable, nous n’avons apparemment plus de rivière à droite, et de temps en temps à gauche ou à droite, une rambarde de sécurité nous rend bien service pour voir plus facilement où nous allons. Le lendemain, par temps redevenu clair, nous nous rendrons compte que les rambardes de sécurité, en fait, délimitaient des ravins… Heureusement que nous ne le savions pas à ce moment-là.

Enfin, après encore 20 km, nous distinguons quelques puissantes lumières oranges disséminées dans le lointain, ce qui est rassurant, car la lumière, c’est toujours rassurant et cela veut dire que la tempête se calme un peu, nous permettant de voir plus loin et donc d’accélérer très prudemment. Ca aurait été trop bête de se planter dans les derniers kilomètres. Et enfin, la route s’élargit, les lumières et les voitures se multiplient. Nous sommes enfin arrivés à Akureyri. Il est alors pile 20h.

Un peu hébétés, nous trouvons notre chambre d’hôtes, un charmant bungalow chauffé par le sol, à côté de la maison de nos hôtes. La jeune femme qui nous accueille n’a pas l’air de trouver cette tempête effroyable, apparemment, elle en a vu d’autres, elle aussi. Et nous conseille quelques restaurants en ville. La neige tombe doucement, mais le vent s’est calmé. Garés sur le parking verglacé qu’elle nous a indiqué, nous voyons une dépanneuse arriver, avec une voiture rouge sur son palan et les deux asiatiques dans la cabine du chauffeur. Nous sommes contents pour eux et c’est presque avec la sérénité d’Islandais de souche que nous savourons notre dîner de pâtes au thon, à côté d’un aquarium relaxant.

Mémorable journée, tout de même.  


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